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Symboles confédérés et racistes. Une querelle tous azimuts.

Les Etats confédérés d’Amérique (Confederate States of America) naissent le 4 février 1861 à la suite de la sécession de la Caroline du Sud (20 décembre 1860), du Mississippi (9 janvier 1861), de la Floride (10 janvier 1881), de l’Alabama (11 janvier 1861), de la Géorgie (19 janvier 1861), de la Louisiane (26 janvier 1861) et du Texas (1er février 1861). La sécession de la Virginie (17 avril 1861), comme celles de l’Arkansas et du Tennessee (6 mai 1861) ou de la Caroline du Nord (20 mai), sont en effet postérieure au Congrès des sept premiers états sécessionnistes et à la naissance de la Confédération le 4 février 1861. Et si c’est le 18 février 19861 que Jefferson Davis fut désigné président de la Confédération, c’était sous la réserve d’une confirmation par une élection populaire qui eut lieu le 6 novembre 1861.

A. Emprise des symboles confédérés

La mémoire contemporaine de la Confédération et, plus généralement le néo-confédéralisme, sont incarnés principalement par deux organisations sociales bien installées dans le Sud.

Pour être née en Virginie, la Sons of Confederate Veterans (SVC) a son siège social contemporain à Columbia dans le Tennessee. L’organisation revendique près d’une centaine de milliers d’adhérents, nécessairement des hommes ayant dans leur ascendance au moins un soldat confédéré de la guerre de Sécession. L’effectif de l’organisation lui donne les moyens d’organiser régulièrement des manifestations publiques ou d’engager des actions en justice aux fins de la défense du souvenir de la Confédération ou, selon ses détracteurs, aux fins de la défense de l’héritage raciste du Sud. Installées pour leur part en Virginie, les United Daughters of the Confederacy sont le pendant féminin des SVC. Outre sa composition féminine, l’association revendique un travail mémoriel en faveur des femmes et des enfants des soldats confédérés morts pendant la guerre de Sécession.

L’un des chevaux de bataille des Sons of Confederate Veterans est la défense de la survivance et de la figuration dans les lieux ou des discours publics des références à la Confédération. De fait, la surface sociale des symboles de la Confédération est particulièrement importante dans le Sud. L’on ne compte pas les monuments dédiés à d’importantes figures politiques ou militaires de la Confédération ou portant leurs noms (Jefferson Davis, Alexander Stephens, Robert E. Lee, Thomas Stonewall Jackson, Joseph E. Johnston, Braxton Bragg…), les tribunaux abritant des portraits ou des statues d’eux, les rues, les collectivités locales, les écoles, les rues et avenues portant leurs noms, les musées et les mémoriaux se rapportant aux acteurs ou aux événements de la guerre de Sécession. Quelques Etats non sudistes ou ne faisant pas même partie des Etats-Unis pendant la guerre de Sécession peuvent abriter quelques rares références à la Confédération. Cela est vrai par exemple de l’Arizona, du Kansas, du Kentucky, du Maryland, du Missouri, du Montana, de l’Oklahoma, de l’Etat de Washington.

L’Etat fédéral lui-même communie dans la célébration de la Confédération. Le Statuary Hall du Capitole à Washington, DC, compte les portraits de Jefferson Davis, de Robert E. Lee et d’Alexander Stephens. L’usage est par ailleurs établi que le jour du Memorial Day (le dernier lundi du mois de mai) destiné à honorer la mémoire des soldats des forces armées des Etats-Unis morts au combat, le président des Etats-Unis dépose une gerbe de fleurs au Confederate Monument du cimetière national d’Arlington, en Virginie.
D’autre part, l’Etat fédéral finance depuis 1906 la construction et l’entretien de pierres tombales de soldats confédérés, comme pour les soldats de l’Union ou les soldats de l’armée américaine tombés pendant des guerres extérieures. Cette charge continue d’être assumée par l’US Department of Veteran Affairs, à travers l’une de ses composantes, la National Cemetery Administration.

Dans Misplaced Honor, un article remarqué paru dans le New York Times le 25 mai 2013, l’écrivain Jamie Malanowski mit en cause l’existence d’une dizaine de bases militaires américaines portant des noms de figures importantes de la Confédération : Fort Lee en Virginie, Fort Hood dans le Texas, Fort Bennin et Fort Gordon en Géorgie, Fort Bragg en Caroline du Nord, Fort Polk et Camp Beauregard en Louisiane, Fort Pickett et Fort A.P. Hill en Virginie, Fort Rucker en Alabama. La polémique qui a suivi la publication de l’article de Jamie Malanowski a été excitée par plusieurs facteurs. D’une part, le fait même que l’écrivain ait proposé de changer les noms de ces bases en raison de la référence à la Confédération et de l’esclavagisme actif de certains des militaires concernés. Mais aussi le fait que Malanowski ait jugé que la médiocrité dans l’art militaire de certains de ces officiers ne les rendait pas dignes de donner leurs noms à des lieux militaires.

La chanson Dixie, qu’entonnaient les soldats du Sud, compte également parmi les symboles encore valorisés en souvenir de la guerre :
I wish I was in the land of cotton,
Old times there are not forgotten ;
Look away ! Look away ! Look away, Dixie’s Land !
In Dixie’s Land where I was born in,
Early on one frosty morning,
Look away ! Look away ! Look away, Dixie’s Land !

Et au-delà de la chanson, il y a le mot lui-même (Dixie ou Dixieland) qui a longtemps servi à désigner les Etats du Sud et dont Jean-Paul Levet dit à raison qu’il « vient de l’indication DIX portée à l’intention de la population francophone sur les billets de 10 dollars émis en Louisiane avant la guerre de Sécession » (1).

Le symbole le plus visible de la Confédération consiste dans les drapeaux confédérés (2). Ceux-ci ont été nombreux durant la guerre, entre ceux des unités combattantes, ceux des volontaires, ceux des institutions politiques. Dans cette diversité, deux drapeaux ont surpassé historiquement les autres. Le premier, le drapeau national de la Confédération, Stars and Bars, fut dessiné par Nicola Marschall et fut adopté le 4 mars 1861 par le Congrès de la Confédération. Ce drapeau comprenait sept étoiles auxquelles devaient s’ajouter des étoiles supplémentaires à mesure du ralliement de nouveaux états. Stars and Bars n’est cependant pas celui des deux drapeaux qui désigne le plus immédiatement la Confédération dans les représentations populaires, mais le Confederate Battle Flag, qui fut d’abord adopté par les unités armées de la Virginie du Nord avant d’être repris par l’ensemble des forces sudistes afin d’éviter toute confusion sur les champs de bataille entre le drapeau de l’Union et de celui de la Confédération.

Après une longue histoire d’appropriation du Confederate Battle Flag par les drapeaux des anciens Etats confédérés, le drapeau confédéré n’apparaît plus explicitement que dans le drapeau du Mississippi, depuis que la Géorgie s’est dotée en 2001 d’un nouveau drapeau. Des clins d’œil subtils au drapeau confédéré composent néanmoins les drapeaux de l’Alabama, de l’Arkansas, de la Floride, de la Caroline du Nord et du Tennessee.

Les représentations attachées au Confederate Battle Flag ne sont certes pas univoques. Les uns disent le percevoir comme un marqueur de la « fierté sudiste » ou un objet en mémoire des soldats confédérés. De l’autre côté, le drapeau confédéré est perçu comme un symbole de l’esclavage et de l’oppression promus par la Confédération. Cette deuxième lecture est encouragée par l’activisme esclavagiste de la Confédération et de ses dirigeants. Ainsi, dans un article publié le 22 juin 2015 par The Atlantic (« What This Cruel War Was Over »), Ta-Nehisi Coates écrit, citations de figures confédérées ou néo-confédéres à l’appui : « Le drapeau confédéré est directement lié à la cause confédérée et la cause confédérée directement liée au suprémacisme Blanc. Cette allégation n’est pas la conséquence d’un révisionnisme. Elle ne demande pas de lire entre les lignes. Elle ressort entièrement des mots mêmes de ceux qui se sont identifiés au drapeau confédéré à travers l’Histoire ». Il est vrai qu’aux XXe et au XXIe siècles, le Ku Klux Klan et les suprémacistes Blancs ont constamment mobilisé le drapeau confédéré. Au demeurant, ce drapeau fut revendiqué dans les années 1960 par les Dixiecrats réunis au sein du States’ Rights Democratic Party, ces dissidents du parti démocrate dans le Sud qui exaltaient les droits des Etats pour justifier notamment leur hostilité à l’égalisation totale des droits civiques. Ce sont en définitive ces usages racistes qui firent renaître publiquement le drapeau à partir du début du XXe siècle.

Pour autant, et comme l’a fait remarquer Megan Garber, toujours dans The Atlantic, il y a quelque chose de paradoxal dans la présence sociale des représentations visuelles de la Confédération. D’un côté, il n’est pas courant, même dans le Sud, de trouver dans les commerces des drapeaux confédérés ou des bibelots mémoriels ou apologétiques de la Confédération. De l’autre côté, le drapeau confédéré est particulièrement représenté de manière explicite ou implicite dans les œuvres d’art, dans les pochettes de disque, dans les concerts, dans les œuvres audiovisuelles ou cinématographiques. « Le grand normalisateur du drapeau dans la culture populaire, écrit Megan Garber, fut cependant The Dukes of Hazzard ». Cette série audiovisuelle, qui fut diffusée en France sous le titre Shérif, fais-moi peur, avait pour caractéristique marquante une voiture rouge dont le toit était recouvert du drapeau confédéré. Ce « personnage » de la série s’appelait au demeurant General Lee. « Dukes of Hazzard, écrit encore Megan Garber, a solidifié l’idée selon laquelle le drapeau confédéré pourrait avoir ou, à tout le moins, pourrait prétendre avoir un autre sens en plus de celui, originel, d’un racisme sournois. Mais la série a également montré comment la signification alternative pouvait être maladroite. Elle a montré comment un drapeau peint sur une voiture pouvait prétendre à une signification spécifique » (3).

B. Drapeau confédéré et tensions raciales dans les écoles publiques

Le 4 décembre 2003, le Conseil de l’éducation du comté de Blount dans le Tennessee édicta un règlement scolaire relatif à la tenue vestimentaire et à la toilette des élèves des établissements publics du comté. Ce texte prévoyait un certain nombre d’interdictions, notamment celle de se présenter les jours de classe avec des vêtements revêtus de références écrites ou picturales, explicites ou implicites, à des substances illégales, à des drogues ou à de l’alcool, de slogans négatifs, de « vulgarités ». Etaient pareillement interdits, le port de vêtements de nature à « perturber le processus éducatif », le port d’appareils ayant une connotation sexuelle ou représentant des textes ou des images publicitaires à caractère « cru » ou « vulgaire », ou représentant des drogues, du tabac, des boissons alcoolisées, des insultes, à caractère racial ou ethnique. Les élèves devaient enfin s’interdire d’arborer des vêtements ou d’avoir par devers eux des objets susceptibles de rapporter leur affiliation à un gang.

À la rentrée scolaire de 2005, agissant sur le fondement des dispositions réglementaires prohibant des vêtements de nature à « perturber le processus éducatif », le proviseur de la William Blount High School, un lycée public du comté qui comptait alors 1750 élèves dont 10 % d’Africains-Américains, annonça que ne seraient plus tolérés des vêtements revêtus d’images ou de symboles se rapportant aux drapeaux des Etats confédérés d’Amérique. Trois lycéens de l’établissement attaquèrent cette interdiction devant des juridictions fédérales, en arguant de ce que l’impossibilité pour eux d’exprimer leur héritage sudiste à travers leur tenue vestimentaire violait des droits qui leur sont garantis par la Constitution fédérale : le droit à la liberté d’expression, le droit à l’égale protection des lois et le droit au Due Process.

Les tensions raciales relatives aux vêtements des élèves recouverts de symboles confédérés sont l’arrière-plan de ce type de litiges.

(…)

C. Cortèges et plaques d’immatriculation de la « fierté sudiste »

Les activistes de la fierté sudiste ou les racistes revendiqués peuvent manifester librement sur la voie publique avec le drapeau confédéré. La justice le rappela à l’initiative des Sons of Confederate Veterans dans une intéressante affaire les ayant opposé à la municipalité de Lexington en Virginie.

Lexington est une petite bourgade en Virginie qui est un lieu de mémoire de la guerre de Sécession puisqu’elle est située sur la Shenandoah Valley qui abrita d’importants combats entre les troupes de l’Union et celles de la Confédération en 1862, dans un rapport de forces initialement défavorable aux Confédérés, soit 35.000 hommes contre 5.000 en mars 1862. Or, le Général Jackson s’est distingué durant cette campagne militaire par d’« énormes risques » qui lui permirent d’avoir d’improbables victoires. Lexington se distingue de nos jours par le fait d’abriter la Washington and Lee University ainsi que le Virginia Military Institute. Lexington a été mise en cause plus d’une fois par les Sons of Confederate Veterans pour des restrictions édictées par la commune aux déploiements et usages de drapeau confédéré. Le 10 août 1993, cette organisation obtint gain de cause devant un juge fédéral contre un arrêté municipal interdisant à ses membres de transporter des drapeaux confédérés à l’occasion d’une cérémonie de ré-installation d’une statue centenaire du Général Jackson. La justice obligea la commune, sur le fondement du Premier Amendement, à ne pas contrarier le droit des Sons of Confederate Veterans d’arborer, transporter, déployer ou exposer sur toute place publique ou à des événements privés le drapeau confédéré ou d’autres bannières, emblèmes, images désignant le drapeau national de la Confédération ou le Confederate Battle Flag.

(…)

D. Dylan Roof et la Caroline du Sud

Dans les mois qui suivirent la décision de la Cour suprême Walker v. Texas Division, Sons of Confederate Veterans, Inc., la Virginie et le Maryland décidèrent d’appliquer la même politique que le Texas. Au 1er novembre 2015, d’autres Etats maintenaient leur choix de délivrer des plaques d’immatriculation avec des symboles confédérés (Alabama, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Tennessee, Louisiane, Géorgie). Le changement de politique de la Virginie et du Maryland a plutôt d’ailleurs été déterminé par la tuerie à motifs racistes commise par Dylan Roof dans une église noire de Charleston en Caroline du Sud le 17 juin 2015. Les photos de lui-même avec un drapeau confédéré publiées par Dylan Roof sur les réseaux sociaux n’ont pas seulement conforté les cinq juges majoritaires de la Cour suprême dans l’arrêt Walker v. Texas Division, Sons of Confederate Veterans, Inc. : elles ont enflammé le débat très ancien sur la présence du drapeau confédéré dans l’espace public et/ou les lieux publics.

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E. Survivance et permanence dans l’espace public de symboles racistes

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Parmi les monuments, les rues et les ponts dédiés à des suprémacistes Blancs, il y a ceux dédiés par exemple à John C. Calhoun ou à Nathan Bedford Forrest, membre fondateur du Ku Klux Klan. The Guardian distinguait cependant la statue de Samuel Sullivan Cox installée dans le Tompkins Square Park à New York, en plein Manhattan. De la même manière que la statue elle-même est muette sur le suprémacisme racial de ce natif de l’Ohio et membre pendant de longues années du Congrès fédéral, la ville de New York n’y fait pas référence sur le site internet de son service des parcs et des jardins. Les services municipaux citent uniquement les états de service de Samuel S. Cox au Congrès, sa création dans les années 1840 d’un service public de garde côtière destiné à patrouiller les côtes et à sauver les plaisanciers en péril pendant le mauvais temps. C’est plutôt en raison de son investissement dans l’amélioration de la qualité de vie (rémunération et temps de travail) des employés postaux que les travailleurs de l’US postal service lui offrirent cette statue. …

Extrait de E Pluribus Unum. Du creuset américain (Première partie, chapitre II).

L’image en logo de cet article est un drapeau confédéré fait de fleurs à la statue confédérée de Jasper, en Alabama. Photographe : Carol Highsmith (2010). Source : Bibliothèque du Congrès.

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