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Y a-t-il une « malédiction » du second mandat présidentiel (second-term curse) aux États-Unis ?

Le 10 janvier 2013, le président Barack Obama a convié à un dîner à la Maison Blanche neuf éminents historiens de l’institution présidentielle aux États-Unis. Une historiographie à laquelle Barack Obama se dit plus que familiarisé et que la presse sollicite particulièrement depuis les élections de novembre 2012 sur des constantes éventuelles des seconds mandats présidentiels.

USA TODAY par exemple, dans son édition papier du 16 janvier, propose un riche dossier sur l’histoire des seconds mandats de ceux des présidents des États-Unis qui ont été immédiatement réélus. La chose la plus immédiatement remarquable est l’affectation récurrente de ces mandats par des « catastrophes » politiques en tous genres : la démission de Richard Nixon dans le cadre de l’affaire du Watergate, l’enlisement de Ronald Reagan dans l’affaire Oliver North et l’aide illégale aux contras du Nicaragua, l’affaire Monica Lewinsky et le déclenchement de l’Impeachment contre Bill Clinton, les errements de George W. Bush au moment de l’ouragan Katrina. Cette « malédiction » caractéristique du second mandat a même donné naissance à un néologisme : second-term curse. Deux facteurs concourent à ce que le président « immaculé » du premier mandat doive composer avec quelque scandale au cours de son second mandat. Le premier facteur est l’extrême étendue des administrations fédérales dont l’action engage la responsabilité politique du président. Le deuxième facteur est la remobilisation de l’opposition, dans la perspective de nouvelles élections, autour de considérations d’éthique gouvernementale susceptibles de constituer un handicap pour le futur candidat du parti du président sortant.

Pour autant, le dossier d’USA TODAY ne va pas jusqu’à réduire le second mandat présidentiel aux seuls scandales, affaires, ou autres événements de nature à compromettre le cours normal de la politique présidentielle : d’abord parce que les « catastrophes » imputées à certains seconds mandats ont en réalité commencé pendant le premier (le Watergate ou le monicagate) ; d’autre part parce que les seconds mandats ne sont pas moins caractérisés par des actions présidentielles plus ou moins marquantes. Ce que les collaborateurs d’anciens présidents ayant exercé un second mandat d’affilée mettent surtout en évidence dans le dossier d’USA TODAY, c’est le « logiciel » qui doit accompagner le président des États-Unis dans la gestion de son second mandat : la maîtrise du temps (compte tenu de ce que le président disposera en réalité de seize mois maximum pour réussir quelque chose, le temps passant vite et les élections de mi-mandat étant prévues dans deux ans) ; la définition d’un nombre très limité de priorités (pour éviter au président le risque de dispersion et de surinterprétation de la portée de sa réélection) ; la consolidation d’une action marquante du premier mandat (dans le cas d’Obama, chacun convient de ce qu’il devrait en être ainsi de la réforme de l’assurance-maladie) ; une audace plus grande en politique étrangère ; une préparation aux turbulences politiques susceptibles de découler précisément des catastrophes de second mandat.

Second mandat de Dwight Eisenhower (1957-1961). Actions marquantes : envoi de forces fédérales en vue de faire respecter à Little Rock des décisions judiciaires relatives à la déségrégation des écoles - Revers : Embarrassé par l’affaire de la destruction par les soviétiques d’un avion espion américain. Taux de satisfaction à la fin du second mandat : 59 % - Second mandat de Richard Nixon (1973-1974). Actons marquantes : Finalisation des accords de paix de Paris mettant fin à la guerre du Vietnam - Revers : démission à la suite du scandale du Watergate – son vice-président Spiro Agnew fut lui-même contraint à la démission en 1973 pour une autre affaire - Taux de satisfaction à la fin du second mandat : 24 % Second mandat de Ronald Reagan (1985-1989). Actions marquantes : révision du code fédéral des impôts – signature d’un traité de réduction des armes nucléaires avec l’URSS – Revers : embourbé dans l’Irangate (ou Contragate) – Taux de satisfaction à la fin du mandat : 63 % - Second mandat de Bill Clinton (1997-2001). Actions marquantes : adoption d’un budget fédéral en équilibre – extension aux enfants de l’assurance-maladie – arrêt de la campagne génocidaire des serbes en Bosnie – Revers : embourbé dans l’affaire Lewinsky avec un vote de mise en accusation de la Chambre des représentants pour parjure et obstruction à la justice. Acquitté par le Sénat. –Taux de satisfaction à la fin du mandat : 66 % - Second mandat de George W. Bush (2005-2009). Actions marquantes : déploiement de forces supplémentaires en Irak – Revers : échec de ses promesses électorales en matière de sécurité sociale et d’immigration – mis en cause pour sa réaction inadaptée lors de l’ouragan Katrina – crise financière de 2008 – Taux de satisfaction à la fin du mandat : 34 %. Source : USA TODAY, 16 janvier 2013.

Pascal Mbongo
21 janvier 2013

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