Le bitcoin, toute monnaie virtuelle, est un produit entrant (...)

Chroniques américaines (2016)

Qu’est-ce qu’un contrat (d’artiste) ? La réponse des Marx (...)

Cinéma, conscience sociale et droit du travail

La consistance juridique de l’embargo économique et financier (...)

Watergate et Histoire du droit. Les archives de Rufus Edmisten rejoignent celles de Sam Ervin à la Wilson Library de l’University of North Carolina (Chapel Hill)

Un communiqué de l’University of North Carolina (Chapel Hill) du 6 août 2012 a annoncé que l’une des bibliothèques de l’Université, la Wilson Library, devient dépositaire de l’exemplaire original de l’assignation délivrée le 23 juillet 1973 par la Commission spéciale du Sénat sur le Watergate et enjoignant au président Richard Nixon de livrer au Congrès les célèbres enregistrements liés à l’affaire du Watergate.

Ce document est l’élément distinctif d’un don de ses archives washingtoniennes fait à l’University of North Carolina par Rufus L. Edmisten, qui était l’un des conseillers juridiques de la Commission spéciale du Sénat sur le Watergate. Rufus Edmisten dit avoir récemment (re)trouvé par hasard la célèbre assignation dans un vieux carton revêtu de la mention Washington Years et oublié dans un placard de son domicile.

Rufus L. Edmisten justifie le choix de cette Université comme lieu de dépôt par des considérations personnelles (il y a étudié, a été Attorney General de la Caroline du Nord et Secrétaire d’Etat de la Caroline du Nord) et historiques : c’est la Wilson Library qui conserve déjà les archives personnelles de Sam Ervin ‒ Ervin’s papers ‒ le président de la Commission sénatoriale sur le Watergate qui était par ailleurs sénateur de la Caroline du Nord. Et ces archives comprennent notamment la lettre de refus de Richard Nixon de se soumettre à l’assignation du Sénat.

Lors d’une émission (Law Show) de la National Public Radio diffusée en juin 1992, Rufus Edmisten avait déjà eu le loisir de parler du Watergate :

« Je suis Rufus Edmisten, le Secrétaire d’État [Secretary of State] de la Caroline du Nord. Il y a vingt ans j’étais l’adjoint du Conseiller juridique principal de la commission sénatoriale sur le Watergate. J’avais déjà travaillé pour le Sénateur Ervin [sénateur démocrate de la Caroline du Nord, président de la Commission sénatoriale sur le Watergate] 10 années auparavant. Au milieu de la table d’audition était assis le sénateur Ervin, le sénateur Baker sur sa droite, et la répartition des sièges de chaque côté était faite en fonction de l’âge des sénateurs (…). Il pouvait y avoir 100 voire 200 personnes assistant aux auditions, avec des appareils photos, et chaque organe de presse du pays avait quelqu’un aux auditions. Les gens pouvaient attendre des heures avant de pouvoir trouver une place dans la salle des auditions. Nous avions même des stars de cinéma qui venaient régulièrement. Paul Newman fut de ceux-là. Mark Russell, un humoriste local vint toute le temps. Joanne Woodward était là. Les gens avaient une folle envie d’être là. (…)
Tout événement comme l’affaire du Watergate connaît un moment où l’on s’imagine des choses qui ne se sont pas vraiment produites. L’on forge alors des légendes et des légendes ont en effet prospéré … j’ai délivré l’assignation à Richard Nixon. La légende voulait qu’il ne la reçoive pas en mains propres de moi. Eh bien, franchement je ne l’ai jamais vu. Ils ne me laisseraient pas l’approcher. Mais le mythe aujourd’hui … j’ai traversé environ 5 portes. Je l’ai donnée [l’assignation] à Leonard Garment [Conseiller spécial de Richard Nixon]. Il était l’un de ses nombreux conseils, avec le Professeur Charles Alan Wright*, et je lui également laissé une Constitution. J’ai dit, "je pense que vous en avez besoin." (…) ».

Pascal Mbongo
17 août 2012

* Charles Alan Wright était un éminent professeur de droit constitutionnel, avocat et jurisconsulte. Les volumes de son traité de droit fédéral ‒ Federal Practice and Procedure ‒ continuent d’être sollicités. Il a plaidé de nombreuses affaires devant la Cour suprême (13, dont 11 gagnées), devant les juridictions fédérales ou les cours suprêmes d’Etat. En tant qu’il a été le plus célèbre et le plus important des conseils juridiques de Richard Nixon dans l’affaire du Watergate, ses archives personnelles - elles sont consultables à l’University of Texas (Tarlton Law Library, Jamail Center for Legal Research) - sont donc d’une grande importance. Surtout quand on sait que les désaccords de stratégie juridique entre les conseillers et conseils du président ont été tels que Charles Alan Wright a « claqué la porte » de la défense du président avant de se laisser convaincre de revenir par l’entourage de Richard Nixon car « il était un universitaire et que les plaidoiries devant la Cour suprême sont des exercices universitaires » (Bob Woodward & Carl Bernstein, The final Days, Simon & Schuster, p. 182). Il reste que c’est le procureur spécial Leon Jaworski qui s’est imposé devant la Cour suprême. Aussi le livre qu’il a publié en 1976 sur cette bataille juridique est-il également un document d’importance.

Portfolio

Commission sénatoriale sur le Watergate
Mentions légales | Conception et réalisation: Lucien Castex | Plan du site | Accès restreint