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Margot Adler, Quand les américains s’essaient à être constitutionnalistes et à réinventer la Constitution(*), NPR, 10 décembre 2011.

La plupart des Américains n’ont pas été en situation de relire la Constitution des États-Unis depuis longtemps, si tant est qu’ils l’aient jamais lue. Ils peuvent peut-être discuter du Deuxième amendement, ou du Cinquième, peut-être même d’une partie du Premier amendement. Mais à part ça ? Beaucoup de regards vides.

Christopher Phillips anime des discussions à travers le pays, dans le cadre de ce qu’il appelle Constitution Café. Il demande aux Américains de s’imaginer en tant que rédacteurs du document fondateur. Christopher Phillips n’est pas à son coup d’essai dans l’idée de voyager d’un bout à l’autre du pays pour discuter de sujets philosophiques avec les Américains. Avant cette tournée sur la reconstitution de la Constitution, l’auteur et chercheur a mené un exercice similaire, voyageant dans différents Etats et posant des questions socratiques : Qu’est-ce que la connaissance ? Qu’est-ce que la beauté ? Qu’est-ce que l’amour ? Il a animé ces discussions dans des écoles, des parcs, des refuges pour sans-abris et même des prisons. Puis il a relaté ces discussions dans trois livres.

Désormais, il se tourne vers l’un de ses héros − Thomas Jefferson − qui croyait, aux dires de Phillips, que les Américains devraient réviser la Constitution tous les 20 ans et la réécrire en entier. « Son argument était que si les Américains n’étaient pas des acteurs essentiels de la rédaction de ce document fondateur, ils s’éloigneraient de la gouvernance elle-même », explique Phillips. « Et les politiciens, du président jusqu’au bas de l’échelle, deviendraient « des loups » ».

Pendant plusieurs mois, Christopher Phillips a demandé aux gens de s’imaginer dans le rôle de rédacteurs constitutionnels. Changerions-nous certaines choses si c’était possible ? Ou laisserions-nous les choses telles quelles ? Il propose aux gens d’examiner telle ou telle partie du document et de le réécrire.

L’expérience d’une école

Au lycée Constitution High School à Philadelphie, une école publique spécialisée, sa mission vise le début de la Constitution : les élèves examinent le préambule et rédigent leur propre version.

« Combien d’entre vous ont gardé les trois premiers mots, « Nous, le peuple », demande Phillips aux divers élèves de troisième année [NDT : équivalent de la classe de première]. « Devrions-nous définir de qui nous parlons lorsque nous disons « Nous le peuple » » ?

« « Nous le Peuple » fait simplement référence à tout le monde » , répond Mai Nuygen.

« Lorsque cette Constitution a été approuvée, « Nous le peuple » ne faisait référence qu’aux hommes blancs, propriétaires terriens, et payant des impôts », explique Phillips à la classe, avant de demander : « Combien d’entre vous pensent que nous devrions préciser de qui nous parlons » ?

Après avoir attendu pour obtenir des réponses, il conclut : « Beaucoup d’entre vous ».

« Je pense que nous devrions dire « les citoyens des Etats-Unis » », explique Maria Diaz.

« Combien d’entre vous aimeraient ajouter – à première vue – « les citoyens des États-Unis » » ?, demande Phillips.

« Les immigrants font aussi partie du peuple », répond Shane Duson. « Si vous vous restreignez aux citoyens des États-Unis, alors ils perdent tous leurs droits » .

« Je pense que cela ne devrait comprendre que les gens qui sont nés ici », explique Brian Cornell qui poursuit : « Je pense que notre mot à dire est plus fort parce que c’est notre pays ».

Phillips leur explique alors que, jusqu’aux années 1920, les immigrants mâles, blancs, payant des impôts, propriétaires terriens qui n’étaient pas citoyens américains pouvaient voter aux élections fédérales.

Un élève suggère que « Nous le peuple » devrait inclure tous les contribuables. Un autre étudiant objecte qu’il a un travail et paie des impôts, mais est trop jeune pour voter. Puis un autre étudiant, Jonathan Vargas, d’avancer une proposition pour le moins utopique : « Si l’on vit dans ce pays et que l’on aide à promouvoir le bien-être général, comme l’indique le préambule, alors on est un citoyen ».

Phillips fait remarquer que Vargas a une conception très différente de qui est un citoyen − pas simplement un individu né sur le sol américain, ou qui émigre aux Etats-Unis et engage le processus pour devenir un citoyen. « Ce que dit Jonathan est qu’un citoyen est un individu qui participe à la vie publique et contribue activement à notre démocratie », explique Phillips.
Peu après, les élèves discutent du roman de science-fiction libertaire de Robert Heinlein, Starship Troopers, qui fait une distinction entre le citoyen et celui qui ne l’est pas. Un citoyen doit contribuer au fonctionnement de la démocratie.

Amener le débat dans la rue

Phillips affirme qu’il essaie de déclencher un dialogue attendu depuis longtemps sur la Constitution. Une des raisons pour lesquelles les Américains ne la lisent pas, dit Phillips, est « qu’ils se sentent éloignés des couloirs du gouvernement. L’une des manifestations de ce phénomène est le Tea Party ; une autre est le mouvement Occupy Wall Street ».

Phillips a réuni les membres de MoveOn.org et du Tea Party pour discuter de la Constitution. Et il est incapable de simplement rallier des gens au hasard dans la rue. Après son interview au siège de NPR, Phillips a rencontré quelques manifestants du mouvement Occupy Wall Street protestant dans la rue. Il a demandé à deux d’entre eux s’ils changeraient quelque chose dans le texte de la Constitution. L’un d’eux, Mark Greif, souhaite un nouvel amendement qui limiterait la Déclaration des Droits aux personnes physiques.

« Alors dites-moi quels mots vous utiliseriez » , dit Phillips.

« J’imagine que ce serait : « Les droits énumérés dans la Constitution sont applicables uniquement aux citoyens physiques des États-Unis, et non pas à des personnes fictives ou inexistantes » », explique Greif. Greif était clairement opposé à l’idée selon laquelle les sociétés sont des personnes au regard de la liberté d’expression – soit une référence à la décision controversée de la Cour suprême de l’année dernière, Citizens United.

Toutefois, à proximité, dans le même groupe de manifestants du mouvement, un autre homme soutient pour sa part qu’il faut laisser la Constitution telle qu’elle est. Seaman Surley, c’est ainsi qu’il se fait appeler, soutient en effet : « Je pense que nous devrions juste regarder ce qui est réellement dit dans la Constitution. Ce serait un bon début. Je ne cherche pas à la changer » .

Un mélange intéressant

Phillips a écrit un livre sur ses dernières pérégrinations, Constitution Café : Jefferson’s brew for a true revolution. Il pense que les gens ordinaires peuvent avoir des idées originales sur le document fondateur de la nation − parfois meilleures que celles des experts. Toutefois, dit-il, « il faut façonner un type de discours réfléchi et raisonnable au sein duquel toute animosité ou intolérance est interdite. Il faut volontairement et même avec enthousiasme examiner un large éventail d’objections et d’alternatives à son propre point de vue ». « C’est un exercice qui n’est pratiqué dans aucune des chambres du pouvoir à Washington aujourd’hui » , ajoute-il. « À tout le moins, Constitution Café tente d’inculquer cette habitude de nouveau » .

(*) Margot Adler, “Reconstituting The Constitution : How To Rewrite It ?”, NPR, 10 décembre 2011.
Texte traduit de l’anglais américain par Stéphanie Gruet.
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