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Elvis Presley, le juge Gooding, la morale, le rire et la loi.

Marion W. Gooding était un juge de Floride devenu célèbre grâce à … Elvis Presley et au célèbre déhanché ("torso-tossing") qui valut à Elvis d’être appelé "Elvis the Pelvis".

Nous sommes en août 1956. Elvis Presley est en tournée en Floride. Avant son arrivée à Jacksonville, il s’est déjà produit à Tampa, à Miami, à Daytona Beach. À chaque fois ce fut le délire chez les adolescentes, l’émeute chez les adolescents. Il n’en faut pas plus pour que les honorables citoyens de Jacksonville attachés à l’ordre et à la morale ne se mobilisent à coups de tracts, d’émissions radiophoniques, etc. Ils formèrent donc aussi une action en justice afin d’obtenir la surveillance policière de la chambre d’hôtel d’Elvis et celle du concert, du moins à défaut d’une interdiction de son concert.

Le recours échut au jeune juge Marion W. Gooding, vétéran de la Deuxième guerre mondiale de son état, "bon père de famille" (marié, six enfants). Au cours de l’audience, le juge Gooding vit en Elvis un "bon gars" avec ces "bonnes manières si caractéristiques de la politesse des gens du Sud". Pour cause, Elvis Presley fit profil bas, niant l’existence de toute danse lascive dans ses concerts. Le juge s’abstint donc de signer le mandat hypothétique qu’il avait préparé contre Elvis Presley pour "corruption de la moralité des mineurs" avec un emprisonnement à la clé dans l’hypothèse où Presley commettrait ses fameux déhanchés.

Homme de loi scrupuleux, le juge Gooding crut néanmoins devoir juger par lui-même en assistant au premier concert à Jacksonville. Le juge Gooding n’était pas à un paradoxe près : il vint à ce concert de pleine après-midi avec son épouse, ses trois filles adolescentes et son fils de dix ans. L’histoire raconte qu’au début du concert, Elvis Presley esquissa comme un début de déhanché avant de s’interrompre d’un "Je ne peux pas. Je ne peux pas. On me l’interdit ici" ‒ et que le juge pour sa part maugréa à l’un de ses assistants "Celui-là je vais le mettre en prison !".

Alors, dans une scène restée célèbre, Elvis Presley entreprit, non pas de faire un "torso-tossing" en bonne et due forme, mais de le mimer d’abord avec son doigt en gardant le reste du corps immobile. Le public en fut à la fois hilare et émoustillé. Elvis Presley conçut alors de faire tout le reste du concert en mimant son déhanché… avec ses doigts. Hilarité générale, délire total, transes adolescentes, etc. L’histoire raconte qu’Elvis Presley avait consciencieusement préparé son coup puisqu’à la fin du concert, échangeant avec sa petite amie qui n’avait pu y assister, il lui dit avoir fait ce qui avait été prévu. Pour la petite histoire, le juge David Gooding, fils de son père, raconta que son père … devint un fan absolu d’Elvis qu’il ne manquait jamais à la télévision.

27 novembre 2015

Tags : Obscénité - Indécence - Morale - Rire - "Ordre moral".

Tous droits réservés. Notes en vue du colloque de Toulouse "Rire, Droit et société", 3-4 décembre 2015.

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