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Charles warren, Aux origines des facultés de droit américaines. Histoire des dix premières années de l’école de droit de Harvard, 1908.

De ce que l’on sait, la Faculté de droit débuta avec un étudiant – Charles Moody Dustin ; et le nombre d’étudiants inscrits pendant la première année fut de six.

L’enseignement principal était, naturellement, dispensé par le professeur Stearns, bien que les quinze cours magistraux du juge Parker en tant que Royall Professor aient été considérés comme relevant du Département de droit et aient donc été également suivis par les étudiants en droit, en mai et juin durant le troisième trimestre. Ces cours étaient dispensés trois à quatre fois par semaine, à 10h.

Aucune archive n’est disponible qui rende compte du programme exact des premières années de la Faculté ; mais il a probablement suivi la ligne globale décrite par le professeur Stearns dans un rapport de 1825 remis au Conseil de surveillance :

« Un programme a été dressé avec un maximum d’attention, sous le regard et avec les avis des juges de la Cour Suprême et d’éminents juristes, avec pour référence un étalement des études sur trois années déclinées en plusieurs périodes.
Tout d’abord une lecture de Blackstone, plus ou moins précise, expliquait le travail à accomplir. A l’expérience, cette exigence s’est révélée particulièrement utile. Cela aide notamment l’étudiant à fixer son attention sur ce qui est important, lui permet de se familiariser avec les termes techniques et le langage juridique, et en même temps lui permet d’obtenir une vue plus claire des grandes lignes de cette science… Pour les jeunes gens qui n’étudieraient pas le droit avec l’intention d’exercer une profession juridique, le programme substituait aux enseignements orientés vers la pratique des lectures intéressant le droit civil, le droit international, le droit constitutionnel et la politique économique. »

La première description des méthodes d’enseignement se trouve dans le rapport au Conseil de surveillance du professeur Stearns du 9 janvier 1826 :

« L’expérience découlant des huit années ayant suivi la création de la faculté de droit a conduit à de multiples améliorations par rapport au plan de départ ; et l’utilité du système actuel d’enseignement semble être totalement prouvée par l’assiduité et le rapide progrès des étudiants.
Les exercices habituels de la faculté sont :
1. Entraînements et examens relatifs à plusieurs des plus importants manuels, tels que les Commentaires de Blackstone, le Real Property de Cruise, les Uses de Saunders, les Remainders de Fearne, etc.
Dans ces exercices, les différences existant entre le droit anglais et le droit des États-Unis sont soigneusement mises en avant, et la nature et les raisons de ces différences sont clairement expliquées aux étudiants.
2. Des lectures écrites relatives à un cours général de droit, dans le contexte duquel les parties de notre système juridico-légal qui se sont écartées du droit anglais sont particulièrement étudiées, la substance et les raisons de ce décalage par rapport au droit anglais étant expliquées et éclairées par les décisions de nos tribunaux.
3. Le tribunal fictif (« Moot Court ») dans lequel des affaires sont régulièrement argumentées (souvent de manière très longue) devant le professeur, qui ensuite donne une opinion. Dans ces affaires fictives les plaidoiries, les étudiants élaborent des motions en exception, des moratoires sur les preuves, des verdicts particuliers, des motions aux fins de rendre le jugement. Durant la plaidoirie, les étudiants qui ne jouent pas le rôle d’avocat ou de conseiller sont invités à rédiger les minutes du procès, l’objectif étant l’acquisition d’une aisance et d’une précision nécessaires dans la pratique du droit. Les affaires à plaider sont naturellement adaptées aux progrès respectifs des étudiants dans leurs études intéressant la pratique. Mais les étudiants sont fortement encouragés à s’engager dans ce type d’exercice dès le début de leurs études ; il est établi qu’il n’y a pas d’exercice plus stimulant pour travailler et pour intéresser les étudiants à leurs projets professionnels.
4. Les cercles de discussion (« Debating clubs ») incluant tout les membres de la faculté de droit et au cours desquels une question (souvent de philosophie morale, de politique économique ou d’état civil) est librement et profondément discutée une fois par semaine avec notamment pour objectif d’améliorer les qualités d’improvisation dans l’expression.
5. Dissertations écrites par les étudiants sur certaines parties ou branches du droit ou sur l’histoire de certaines branches de la science juridique ou politique. »

Le premier volume des archives de la faculté de droit (1817-1840) suggère que la plupart des étudiants avaient déjà passé deux années dans un cabinet d’avocats avant de rejoindre la faculté, ils étaient donc rodés à la pratique du droit.

Lors de l’année académique 1818-19, huit nouveaux étudiants intégrèrent la faculté de droit, le plus notoire d’entre eux étant Caleb Cushing, de Newburyport dans le Massachusetts, qui fut plus tard juge à la Cour suprême du Massachusetts et Ministre de la Justice des États-Unis (US Attorney General) du temps du président Peirce (1853-1857).

(…)

Source : Charles warren, History of the Harvard Law School and of Early Legal Conditions in America (Chapter XVII : The First Decade, pp. 333-335). Première parution : New York : Lewis Publishing Company, 1908. 3 Vols. Réimpression en 1999, The Lawbook Exchange.

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