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Charles Eisenmann, "constitutionnaliste".

Lire Charles Eisenmann, c’est toujours prendre le risque (plaisant) d’être bousculé dans ses certitudes, de réaliser que telle chose réputée « évidente » ne l’est pas tant que ça. Pour cause : Charles Eisenmann est vraisemblablement le plus important épistémologue de la doctrine juridique française de la deuxième moitié du XXe siècle, le plus fin détecteur des appareils et des présupposés idéologiques tapis derrière les discours juridiques (ceux des juges ou de la doctrine) apparemment les plus neutres. Il était « redoutable » et implacable sur cette idée que si l’on dit faire de la « science du droit », il fallait non seulement s’intéresser aux « questions de faîte » mais encore commencer par parler d’« épistémologie », quelle que soit la question envisagée. Pour ainsi dire, rien ne lui aurait semblé plus curieux que, par exemple, la prospérité contemporaine de thèses qui, à leur commencement même, ont déjà quelque chose à démontrer lorsque pour lui il n’y a de thèse à défendre qu’après que plusieurs hypothèses ont été progressivement déconstruites. C’est au fond le sens de la rude critique qui ressort de sa préface à l’ouvrage de Gérard Timsit sur Le rôle de la notion de fonction administrative en droit administratif français (une préface qui critique rudement l’ouvrage préfacé, cela seul suffirait à faire de l’ouvrage préfacé une pièce de collection). Soit ! dit-il en substance à l’auteur, vous montrez bien que ce que Duguit a écrit est teinté d’idéologie et de politique. Mais vous auriez dû faire le même travail pour votre propre et alternative théorie !

L’on se souvient de ce que, précisément, plus d’une fois, l’on s’est fait expliquer que ce qui avait empêché Charles Eisenmann d’avoir un statut comparable à celui de Duguit et d’Hauriou dans la doctrine française (du droit public), c’est précisément le fait qu’il n’avait pas attaché son nom à une « théorie », se distinguant davantage (ce qui n’est pas tout à fait exact) dans la déconstruction de celles qui dominaient le marché des idées dans les facultés de droit à son époque. Somme toute, il n’était pas loin de penser que toute théorie, et bien plus encore que toute théorie générale, était le commencement de l’erreur (du moins dans les choses juridiques). Et, peut-être n’était-il d’ailleurs pas chagrin de son statut, puisqu’à ses yeux Duguit et Hauriou étaient plus souvent que de raison des politiques (ce qui n’est pas complètement inexact puisqu’ils ont tous les deux commis des compagnonnages politiques), pour ne pas dire des « idéologues ». Il reste que c’est un ravissement que de lire-relire l’intégralité des textes de Charles Eisenmann en droit constitutionnel. Cela demande du temps, tant ces textes sont nombreux et « eisenmanniens ». Celui ci-joint – Sur la Théorie de la Monarchie (Revue française de science politique, 5e année, n°1, 1955. pp. 138-146) – est un modèle du genre, jusque dans les guillemets dont est assorti l’usage de l’expression constitutionnaliste (prévention qu’il répète dans différents autres textes).

PM
5 décembre 2013

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